Titre : Manager par le contrat : comment le contrat de travail structure le pouvoir managérial





Le pouvoir du manager n’est pas un pouvoir personnel.

C’est un pouvoir délégué, né du contrat de travail.

Et pourtant, beaucoup de managers ignorent encore ce que ce contrat contient, ce qu’il permet, et ce qu’il interdit.

Ce décalage produit des tensions récurrentes dans les entreprises :

  • des attentes floues,

  • des interventions mal perçues,

  • des conflits non réglés,

  • et parfois, une perte de repères partagés.

Ce texte propose de revenir aux bases : qu'est-ce qu'un contrat de travail ? Et que change-t-il dans la façon de manager ?

1. Le contrat de travail n’est pas qu'un document administratif

Le contrat de travail n’est pas une simple formalité d’embauche, purement administrative (et parfois rébarbative). 

C’est un acte juridique bilatéral : il engage deux volontés, celle de l’employeur comme du salarié.

En le signant, le salarié accepte de soumettre sa force de travail au contrôle et à la direction de l’employeur. 

En contrepartie l’employeur garantit à son salarié la sécurité : physique, morale et financière. 

Ainsi le contrat de travail est, fondamentalement, un accord équitable : la protection contre le contrôle. 

Lorsque l'entreprise s'agrandit et que le chef de l'Entreprise Employeuse n'est plus en mesure de garantir par lui-même le respect de cet accord, il en délègue tout ou partie : c'est l'échelon managérial.

Le manager hérite donc du Pouvoir comme du Devoir. 

Mais plus il y a d'échelons managériaux, plus ce pouvoir est dilué, et moins le responsable du contrôle est identifié. 

A mesure, la fonction managériale ne conserve que son aspect organisationnel de la force de travail, et perd sa contrepartie protectrice. 

2. Manager, c’est exercer un pouvoir de direction. Pas un pouvoir personnel :

Dans les faits, le manager :

  • Organise le travail,

  • Répartit les tâches,

  • Fixe les priorités,

  • Contrôle l’exécution du travail et l'atteinte des performances,

  • Régule les dysfonctionnements,

  • Félicite, promeut et sanctionne.

Mais, ce pouvoir lui venant exclusivement du contrat, cela induit deux conséquences majeures :

  1. Le pouvoir du manager doit être exercé dans le cadre fixé par le contrat (et la convention collective).

  2. Chaque acte de pouvoir doit être regardé au regard du devoir de sécurité.

La fonction toute entière du manager réside dans ce cadre, qui est pourtant méconnu des responsables d'équipe. 

On ne s'étonnera plus alors que des managers, même bien intentionnés, portent atteinte à la relation de travail : comment respecter une frontière dont on ignore le tracé?

3. Le contrat comme outil de clarification managériale

Lorsqu’un manager maîtrise les bases du contrat, il peut :

  • Poser des exigences respectueuses des engagements réciproques,

  • Maîtriser ses marges de manœuvre,

  • Distinguer ce qu'il peut imposer de ce qu'il doit négocier,

  • Et s’appuyer sur un cadre opposable en cas de conflit.

Le contrat devient alors un outil de pilotage. Il sécurise la relation, sans la rigidifier. Il permet de dire : "voici ce que je peux demander, voici ce que je dois garantir".

Dans une époque où les repères se brouillent, cette structure devient un appui, pas une entrave.

4. Une compétence indispensable pour les managers opérationnels

Le sujet n'est pas juridique. Il est managérial. 

A l'heure où l'on attend des responsables d'équipes qu'ils pilotent la performance tout en étant des coachs, des leaders, des facilitateurs, et des talents managers, l'équilibre posé par le contrat de travail n'a jamais été autant d'actualité. 

C'est précisément parce qu'il est oublié, que les managers croulent sous des pressions qui leur paraissent contradictoires, pour ne pas dire schizophrènes 

Car comprendre que le pilotage de la performance, l'évaluation, la formation, le feedback relèvent tous d
'une déclinaison du devoir de sécurité, tout comme le contrôle du temps de travail ou l'organisation des pauses permettrait non seulement de redonner un sens au travail du manager, mais aussi de lui donner une direction, et, partant, une véritable respectabilité. 



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Faut-il souhaiter la bonne année à son IA ?

L’équité managériale s’enseigne : "Comment former les futurs managers ? "

Pourquoi ce blog ? Manager avec équité, décider avec clarté, cadrer son action